Livre

Des environnements de travail plus inclusif grâce à un... canari ?

Un canari peut-il nous aider à construire des environnements de travail plus inclusif ? The Canary Code propose une approche originale et globale de l’inclusion au travail, en s’appuyant sur une métaphore aussi surprenante que pertinente.

Inspirée par la pratique des mineurs qui utilisaient autrefois des canaris pour détecter les gaz toxiques, l’autrice Ludmila N. Praslova, elle-même neuro-divergente, compare ces oiseaux aux personnes les plus sensibles aux environnements professionnels délétères. Autistes, hypersensibles ou concernées par des handicaps invisibles, ces « canaris » perçoivent en premier les dysfonctionnements, les injustices ou les comportements abusifs.

L’idée centrale de l’ouvrage est simple : un environnement de travail adapté à ces profils est, par définition, bénéfique pour tous. Loin des solutions superficielles souvent mises en avant — espaces ludiques ou avantages gadgets — l’autrice défend une transformation en profondeur des organisations. Il s’agit de concevoir des cadres professionnels réellement sûrs, respectueux et adaptés aux besoins variés des individus.

Pour y parvenir, elle propose un véritable guide de transformation. Elle critique les méthodes de recrutement classiques, souvent excluantes, et encourage la mise en place de pratiques plus équitables. Son approche repose sur un principe clair : cesser de demander aux individus de se conformer à un modèle unique, et adapter plutôt les environnements à la diversité des profils. Comme pour les chaussures, une seule taille ne peut convenir à tous.

L’ouvrage (en anglais et malheureusement encore non traduit) remet également en question la notion de “normalité”, souvent utilisée pour imposer une uniformisation au détriment des singularités. Au contraire, la diversité des fonctionnements cognitifs est présentée comme une richesse, capable de renforcer la performance collective. Des exemples concrets, comme celui d’une entreprise composée majoritairement de profils neuro-atypiques, illustrent les bénéfices d’une telle approche en termes d’innovation et de résolution de problèmes complexes.

Pratique et documenté, le livre aborde aussi des sujets encore peu explorés, comme les inégalités salariales ou la place des dirigeants neurodivergents. Il met en garde contre les stéréotypes positifs, notamment l’idée de “superpouvoirs”, qui peuvent être aussi réducteurs que stigmatisants.

Au-delà du constat, l’autrice appelle à une transformation systémique des organisations. L’inclusion ne peut se limiter à des actions isolées : elle nécessite une approche globale, prenant en compte la multiplicité des discriminations. Si le défi est ambitieux, elle souligne qu’un changement significatif peut émerger dès lors qu’une minorité engagée atteint une masse critique.

The Canary Code constitue une ressource précieuse pour repenser le travail et construire des environnements plus justes, inclusifs et durables, au bénéfice de tous.

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Auteur

Stéphanie Guzman