Revue de presse

"Barbie Autiste" : représentation nécessaire ou stéréotype commercial ?

Peut-on sensibiliser à l’autisme en diversifiant une gamme de jouets pour enfants ? Et surtout lorsqu’il s’agit de BarbieⓇ, poupée iconique et controversée depuis les années 1960, icône sexy pour les uns, symbole sexiste pour les autres. Si Mattel sort aujourd'hui une Barbie AutisteⓇ, c'est indéniablement pour conquérir un marché colossal, représentant environ 1 à 2,3 % de la population mondiale selon l'Institut Pasteur. Mais au-delà de ce consensus, que révèle ce nouveau débat ?

Claire Touati, franco-américaine, designer de jouets et autiste, exprime son enthousiasme dans l’excellente Lettre d’Ulysse : « Toutes mes félicitations aux équipes du ASEAN Autism Self-Advocacy Network et de Mattel pour Barbie autiste, que j’aurais aimé pouvoir pointer du doigt lorsque j’étais petite, mutique et non diagnostiquée, afin de signifier que je me sens comme elle. »

Caricatural et réducteur

D’un autre côté, Olivia Cattan, présidente de l’association SOS Autisme France et maman d’un enfant autiste, redoute l'impact de ce jouet sur les enfants neurotypiques, comme elle le déclare sur Handicap.fr : « Ils vont acheter cette poupée et jouer à 'faire l'autiste'. Ils penseront que toutes les personnes concernées sont identifiables par ces biais. C'est très stigmatisant. » Pour cette raison, SOS Autisme France a décidé de porter plainte contre Mattel, dénonçant une exploitation marketing qui renforce les préjugés et les discriminations en offrant une représentation caricaturale et réductrice de l'autisme. Olivia Cattan propose une approche alternative : « Une Barbie comme les autres, avec un tee-shirt sur lequel serait écrit : 'Je suis autiste, et alors ?' »

Chams-ddine Belkhayat, également père d’un enfant autiste, président de Bleu Inclusion et directeur du développement de l’offre et de l’innovation chez AFG Autisme, partage des critiques similaires dans Le Progrès : « Le risque de renforcer des stéréotypes est bien plus important que le bénéfice en matière de sensibilisation. Il n’existe pas de « modèle type » de personne autiste, et figer une représentation unique contribue à diffuser une vision simplifiée, voire erronée, de la réalité. [...] C’est en agissant sur le terrain, par l’éducation et l’inclusion réelle, que l’on fera progresser la compréhension de l’autisme, et non par des initiatives marketing déconnectées de la complexité du sujet. »

Une question philosophique

Le média Zèbres & Cie aborde le sujet sous un angle philosophique : « Une représentation peut-elle échapper à la simplification, voire au simplisme, à fortiori quand il s’agit de figurer ce qui n’est pas ou rarement visible ? Ce n’est pas un sujet de philo du baccalauréat, mais une vraie question. » Caroline, diagnostiquée TSA, s'insurge : « Mattel veut faire de l’inclusion ? Qu’ils commencent par embaucher des personnes autistes. » Laurent Savard, humoriste, tempère : « Si on ne l’aime pas, il suffit de ne pas l’acheter. » Il rappelle également que cette poupée « ne devrait pas occulter les vraies problématiques autour de l’autisme : l’accompagnement défaillant, le manque de personnel et de places pour les autistes adultes. »

« Il ne faut pas trop exiger d’une poupée »

Autre point de vue intéressant, celui du blog Et en réalité autiste : « Cette représentation positive, toute imparfaite et incomplète soit-elle, dans un monde neurotypique où nous sommes invisibilisées, est nécessaire et fait du bien. » Pour une fois, relève l'autrice, « on a une représentation qui n’est pas celle d’un petit garçon habillé en bleu. » Elle reconnaît que Mattel cherche à réaliser des profits, mais met en garde contre le rejet : « Nous n’aurons donc aucune représentation dans la culture mainstream avant la chute du capitalisme. [...] Le danger de refuser toute représentation qui ne serait pas parfaite, c’est de n’en avoir plus aucune. » Elle estime que cette BarbieⓇ « n’est pas là pour donner une formation universitaire sur l’autisme, mais juste pour montrer que les filles autistes existent [...] Il ne faut pas trop exiger d’une poupée. »

Reste à observer si cette polémique dépassera le cadre médiatique pour nourrir une réflexion collective et durable sur l’inclusion des personnes autistes dans la société. Le débat ne fait que commencer.

Auteur

Nathalie Grivot