Inclusion

Divercity, l'application qui ouvre la ville aux personnes autistes

Lancée à Lyon, Divercity propose une réponse concrète et inédite à un problème longtemps ignoré : l'accès des personnes neurodivergentes aux commerces et lieux du quotidien.

 

Aller au restaurant, faire ses courses, prendre un café. Des gestes anodins pour la plupart d'entre nous, mais qui peuvent se transformer en véritable épreuve pour de nombreuses personnes autistes. Une lumière trop crue, une musique d'ambiance envahissante, une promiscuité soudaine ou une signalétique absente — autant de stimuli qui, cumulés, peuvent provoquer une montée d'angoisse, voire une crise. Pendant des années, les personnes concernées ont développé leurs propres stratégies de contournement : faire ses courses à la dernière minute pour éviter la foule, fréquenter uniquement les commerçants qui les connaissent, ou tout simplement renoncer à sortir. C'est précisément pour briser cet isolement que Divercity a été conçue.

« L'idée est venue lors d'entretiens en consultation », explique Caroline Demily, psychiatre, cheffe du pôle hospitalo-universitaire ADIS (Autisme neuroDéveloppement et Inclusion) au centre hospitalier Le Vinatier à Bron, directrice du Génopsy (centre de référence nationale sur les maladies rares) et de l'iMIND (centre d'excellence sur l'autisme à Lyon). « Beaucoup de patients nous disaient qu'ils sortaient très peu de leurs quartiers, faute de trouver des endroits adaptés. Chez eux, tout est organisé. Ils connaissent les commerçants autour de leur maison, savent ce qui est adapté à leur situation et ce qui ne l'est pas. Ailleurs, ils n'ont pas de repères. Nous avons donc conçu cette application pour répondre à ce besoin. Gratuite et accessible à tous, elle géolocalise les commerces qui proposent des aménagements favorisant l'accueil des personnes avec des troubles du neurodéveloppement : mise en place de plages horaires plus calmes, lumières tamisées, etc. »

Une boussole sensorielle pour la ville

L'application fonctionne en effet sur un principe simple mais puissant : permettre à chaque utilisateur de renseigner ses besoins sensoriels — tolérance au bruit, à l'éclairage, à la promiscuité, aux odeurs, qualité de l'accueil et lisibilité de la signalétique — puis de recevoir, en retour, une sélection de commerces adaptés à son profil, accessible par géolocalisation ou par thématique. Les établissements référencés ont, au préalable, suivi une courte formation en ligne et pris l'engagement de mettre en œuvre au moins un aménagement inclusif. Une charte de bonnes pratiques, appuyée sur des données scientifiques et des témoignages, accompagne cette démarche. Six capsules vidéo pédagogiques ont également été produites pour accompagner leur montée en compétences sur des thématiques essentielles : bruit, promiscuité, odeurs, accueil.

Après chaque visite, les utilisateurs peuvent évaluer le lieu, signaler un problème ou formuler des suggestions. Ces retours, non publics, alimentent un dispositif collaboratif en constante amélioration.

Lyon, ville pilote

« Pour construire l'application, nous avons mené une enquête à l'été 2024 auprès de 250 personnes », précise Caroline Demily. « Cette étude nous a permis de déterminer les freins principaux à un meilleur usage des services de la cité et les lieux où elles se sentent le plus à l'aise. »

Ouvert dans un premier temps aux commerçants du centre-ville de Lyon en 2025, le réseau a rencontré un accueil remarquable : sur les 500 enseignes démarchées, 300 ont répondu favorablement. « Beaucoup ont pris conscience que renforcer l'inclusion était bénéfique pour de nombreux publics : les personnes autistes bien sûr, mais aussi celles souffrant de troubles psychiques, les seniors », souligne la psychiatre.

Pensée avec les patients et de nombreux partenaires

Divercity est issue des travaux du centre d'excellence iMIND (Institut dédié aux troubles du neurodéveloppement de l'adolescent et de l'adulte), porté par l'hôpital du Vinatier à Lyon, en collaboration avec l'Institut des sciences cognitives Marc Jeannerod et l'Université Lyon 2. Conçue avec et pour les personnes concernées, l'application a reçu le soutien de la Métropole de Lyon, des Hospices Civils de Lyon, de la Fondation Orange ainsi que de plusieurs programmes d'innovation nationaux.

Elle est disponible gratuitement sur Android et iOS. Les commerçants souhaitant rejoindre le réseau peuvent s'inscrire sur « divercity.app » ou contacter l'équipe : contact@divercity.app.

Un modèle à généraliser

« Un monde adapté aux troubles du neurodéveloppement est un monde meilleur pour tous ! C'est le slogan de Divercity », poursuit Caroline Demily. C'est bel et bien là tout l'enjeu : Divercity mérite de sortir du cadre lyonnais pour s'étendre bien au-delà. « Nous avançons par étapes, car nous menons en parallèle des actions de recherche sur l'acceptabilité des commerçants et sur la plus-value apportée aux utilisateurs », détaille-t-elle. « L'analyse de ces données nous servira de base pour un déploiement sur un plus large territoire à l'avenir. »

Avis aux pouvoirs publics, aux collectivités et à tous les acteurs qui voudraient s'engager dans cette voie : le modèle existe, il fonctionne, il n'attend plus que la poursuite de son développement.

Propos recueillis par Émilie Gouffier

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Pour en savoir plus :
https://www.divercity.app
▸ Caroline Demily présente le projet Divercity dans cette vidéo 

Auteur

Nathalie Grivot