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Simon Baron-Cohen : "Le manque d'empathie des personnes autistes est un mythe"

Dans un entretien accordé au Guardian le 5 juillet 2026, le professeur Simon Baron-Cohen, chercheur à l'Université de Cambridge, prend ses distances avec l'une des théories qui ont le plus marqué la recherche sur l'autisme. Il y reconnaît que certaines de ses formulations ont été mal comprises et annonce la création d'un nouveau centre de recherche.

Voilà plus de vingt ans que la théorie du "cerveau masculin extrême" façonne la perception populaire de l'autisme et est associée aux travaux de Simon Baron-Cohen. Son auteur reconnaît aujourd'hui que cette expression a parfois conduit à des interprétations erronées. "Certains de ces termes ont été très facilement mal compris et je le regrette", déclare-t-il au Guardian. "Cela peut conduire à des titres simplistes comme 'les personnes autistes manquent d'empathie', ce qui n'est pas vrai."

Le chercheur rappelle que ses travaux distinguent deux dimensions de l'empathie : l'empathie cognitive, qui correspond à la capacité de décoder les expressions faciales, les intentions ou le langage implicite, et l'empathie affective, c'est-à-dire la capacité à ressentir et à répondre à la détresse d'autrui. Selon lui, les personnes autistes peuvent rencontrer des difficultés dans la première, sans que cela remette en cause la seconde. "Une fois qu'elles savent que quelqu'un est bouleversé, elles le sont aussi et veulent faire quelque chose", précise-t-il.

Cette prise de position intervient alors que l'Université de Cambridge annonce la création du K. Lisa Yang Centre for Autism Research, rendue possible par un don de 26 millions de livres sterling (30,4 millions d'euros) de la philanthrope américaine Lisa Yang. Le futur centre entend concentrer ses recherches sur des questions encore insuffisamment explorées, comme l'espérance de vie, la santé physique ou le diagnostic précoce. "Les personnes autistes ont tendance à mourir plus jeunes", rappelle Simon Baron-Cohen, estimant que ces sujets méritent davantage d'attention.

Parmi les premiers travaux évoqués, son équipe rapporte que les femmes autistes présenteraient un risque accru de 71 % de maladies cardiovasculaires graves, à partir d'une analyse portant sur 141 672 personnes. Ces résultats n'ont toutefois pas encore été évalués par les pairs.

Plus largement, Simon Baron-Cohen estime que la recherche doit désormais être davantage guidée par les préoccupations des personnes autistes elles-mêmes. "Le dialogue avec la communauté autiste change l'endroit où nous faisons la lumière", conclut-il.

▸ L'entretien complet est à lire sur The Guardian.

Auteur

Nathalie Grivot