"Nous appelons de nos vœux un Grenelle des vacances adaptées"
Président du CNLTA (Conseil national des loisirs et du tourisme adaptés), René Moullec partage son constat sur l’offre de vacances adaptées et sur les évolutions souhaitées pour la rendre plus accessible et plus attractive.
Où en est-on aujourd’hui de l’offre de vacances adaptées ?
Elle existe, c’est certain. Elle est abondante et structurée et elle s’est professionnalisée au fil du temps avec l’apport du monde associatif – à 80 % – et des acteurs privés – à 20 %. Mais elle diminue depuis 2020, sous l’effet du Covid qui a touché de plein fouet l’ensemble du secteur du tourisme. Autres constats : les prix augmentent, tandis que les propositions pour les personnes avec les handicaps les plus lourds baissent. Corollaire de cela, il est de plus en plus difficile de recruter des encadrants pour assurer le bon accompagnement pour ces publics sur leur lieu de vacances.
Comment améliorer les pratiques d’accueil des publics atypiques ?
La qualité de l’encadrement est essentielle. L’un des premiers leviers serait donc de promouvoir une image des vacances adaptées positives, pour les vacanciers, bien sûr, mais aussi pour les encadrants. Depuis le début des années 1980, j’ai vu des milliers d’accompagnateurs se lancer dans cette vie professionnelle qui leur a offert de très beaux moments d’interactions avec les personnes accompagnées. Les vacances sont un temps de rencontres et de découvertes pour tout le monde. Dans les séjours se jouent des destins professionnels, mais aussi humains.
La formation pourrait être renforcée de manière globale. Car former, c’est sécuriser les séjours futurs. Et là aussi, c’est un gain de sérénité pour les vacanciers comme pour les encadrants. Il faudrait donc davantage valoriser le fait que les vacances adaptées représentent un horizon pour construire son avenir professionnel. En faisant par exemple connaître ce type de séjours comme de potentiels lieux de stage. De même, les formations suivies dans le cadre des vacances adaptées devraient être intégrées dans les validations des acquis de l’expérience.
Beaucoup de personnes renoncent aux vacances adaptées en raison de leur coût. Quelle est votre vision sur ce point ?
Parfois, de manière un peu provocatrice, je dis que le tarif des vacances adaptées n’est pas assez élevé ! En effet, si on veut des vacances de qualité, il faut mettre le prix. Mais la question est alors : qui doit payer ? Tout au long de l’année, beaucoup des accompagnements liés au handicap sont pris en charge par la solidarité nationale. Pourquoi ne devrait-il pas en être de même pour la période des vacances, si essentielle à l’équilibre et au bien-être global de la personne ?
Où en est-on par ailleurs sur les enjeux de sécurité ?
C’est évidemment un élément crucial sur lequel il ne faut pas transiger pour des vacances adaptées sereines et pleinement sécurisées. Deux incendies survenus en 2023 et 2024 lors de séjours sont venus rappeler la stricte nécessité d’avoir des règles de sécurité communes. Cette exigence doit également s’articuler avec la liberté qui est offerte aux vacanciers. En effet, la demande de la part des personnes que nous accueillons de participer pleinement à leur projet de vacances est forte. C’est un équilibre à trouver par les organisateurs afin de proposer un cadre à la fois sécurisant et épanouissant.
Quel regard portez-vous sur les relations entre les acteurs des vacances adaptées et les professionnels du tourisme ?
En vacances adaptées, les groupes sont relativement petits – une dizaine, voire une vingtaine de personnes au maximum. Il est vrai qu’il y a une relation à créer avec les professionnels du tourisme, mais aussi avec les autres vacanciers pour que le séjour se déroule de manière agréable pour tout le monde. Cela passe par exemple par le fait de mieux faire connaître à l’équipe sur place certaines spécificités de nos publics, certains de leurs besoins. Cela contribue à changer les regards et à lever les peurs que certains ont vis-à-vis du handicap. Mais, plus largement, nous pensons au CNLTA que nous devons travailler tous ensemble sur la meilleure inclusion des vacances adaptées : avec les acteurs du secteur et avec les pouvoirs publics. C’est pour cette raison que nous appelons de nos vœux la mise en place d’un Grenelle des vacances adaptées, pour identifier les difficultés, lever les freins et permettre ainsi à davantage de personnes de bénéficier de vacances épanouissantes, qui sont un vrai droit pour tous et toutes.
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Pour aller plus loin :
▸ le livre blanc du CNLTA : Co-construire l’avenir des vacances adaptées : un enjeu de société
▸ le rapport de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) : Vacances organisées pour adultes handicapés.
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