Séjours de répit

Les Bobos à la ferme et la Ferme des Ailleurs : deux havres de paix

Direction le Nord de la France pour partir à la découverte de deux structures – Les Bobos à la ferme et La Ferme des Ailleurs – qui proposent des séjours aux familles confrontées au handicap. Pour chacune d’elles, les maîtres-mots sont attention, bienveillance et accessibilité.

 

Quand vous arrivez chez eux, une première impression survient d’emblée : on respire ! Les deux lieux, labellisés Tourisme & Handicaps, se présentent en effet comme des cocons pour déposer ses valises, mais aussi ses soucis du quotidien.

Le premier, Les Bobos à la ferme, se situe à La Madelaine-sous-Montreuil, sur la Côte d’Opale. Le second, la Ferme des Ailleurs, à Arleux, non loin de Cambrai. En plus d’avoir en commun le fait de se trouver dans les Hauts-de-France, les structures sont toutes deux nées de la volonté d’offrir un sas de décompression aux familles avec un proche en situation de handicap. 

Des lieux pensés pour les familles

Tout a commencé il y a dix ans pour Les Bobos à la ferme. Élodie et Louis Dransart sont alors les jeunes parents d’Andréa, atteinte d’une maladie neurodégénérative rare. Ils découvrent le parcours du combattant des parents aidants pour organiser le quotidien, structurer les accompagnements, mais aussi s’octroyer des moments où il est possible de souffler et se retrouver. « Nous nous sommes rendu compte qu’il était difficile de trouver des lieux de vacances en milieu ordinaire pouvant accueillir des personnes avec des besoins spécifiques, commence Élodie. Nous avons donc décidé de revenir dans notre région d’origine et d’acheter un corps de ferme en ruine pour le réhabiliter. Et ce, pour l’ouvrir à tout aidant, toute maladie, tout handicap, tout âge, toute l’année, sans liste d’attente. »

La Ferme des Ailleurs, elle, a vu le jour sous l’impulsion de l’association Hélène Borel, qui gère depuis les années 1960 des établissements et des services médicosociaux à destination des personnes atteintes de sclérose en plaques. Elle supervise aussi un club de sport et un espace de coworking ouverts à toutes et tous. « La Ferme des Ailleurs, inaugurée en 2024, s’inscrit dans cette dynamique d’accessibilité à des services et des équipements de loisirs, de bien-être et de tourisme pour tous », explique Catherine Dhelemme-Gausmand, directrice en charge du développement et de la dynamique inclusive.

Appuyer vraiment sur « pause »

Concrètement, les deux établissements proposent des hébergements du studio au T4, aménagés et accessibles pour les personnes à mobilité réduite, mais aussi des jardins totalement sécurisés, une salle snoezelen, une piscine de balnéothérapie, un espace de petite restauration, ou encore une grande cuisine commune pour des moments de convivialité entre vacanciers. Chacun met également à disposition des vélos – dont certains sont adaptés aux personnes en situation de handicap –, afin de permettre aux familles de visiter à leur rythme les environs. « On parle ici de structure à taille humaine, mais qui propose tout de même une large variété de choix dans les hébergements et les activités », confirme Louis Dransart. 

Autre particularité des deux établissements : ils mettent à disposition des services de relayage pour soulager les parents aidants durant la journée ou la nuit et leur offrir des temps de pause et de détente.

Les Bobos à la ferme sont par ailleurs référencés par la CAF comme lieu ressources parentalité, grâce à sa « halte répit parentale » qui organise des loisirs adaptés pour les enfants et des moments d’échanges et de formation pour les parents, avec la présence de deux conseillères parentalité, elles-mêmes pair-aidantes. La structure vient également d’inaugurer sa matériauthèque, joliment appelée « La caverne d’Ali Bobo ». Son principe : mutualiser des objets facilitant le quotidien des parents aidants (équipements pour les toilettes, jeux adaptés, etc.).

Le pari de l’inclusion

Si ces structures sont des bulles de bien-être, elles ne sont pas pour autant des camps retranchés. Au contraire, elles misent toutes deux sur l’ouverture à leur environnement pour créer des passerelles et incarner l’inclusion. Ainsi, tous les services de la Ferme des Ailleurs sont accessibles aux habitants du territoire : restaurant, espaces verts, salles de spectacle et de sport, soins socio-esthétiques, piscine, etc. « Les enfants de l’école toute proche peuvent profiter du jardin. Des élèves de classes Ulis ou Segpa viendront prochainement prendre soin des bêtes que nous allons accueillir. C’est ça aussi faire vivre l’inclusion, explique Catherine Dhelemme-Gausmand. De 8 h à 22 h, nous sommes ouverts à tous, et c’est par ce brassage qu’on essaie de changer le regard de la société sur le handicap. Nous provoquons la rencontre d’une manière douce et dans un cadre bienveillant. »

Cette même philosophie est à l’œuvre chez les Bobos à la ferme. « Nous sommes une structure de milieu ordinaire, mais où tout le monde peut se croiser grâce à l’attention que nous portons à chacun. En 2025, lors des vacances estivales, nous avons organisé trois semaines des loisirs inclusifs. Sur les dix enfants, cinq étaient en situation de handicap. Et tous ont pu se faire des copains, jouer ensemble, en dépassant leurs éventuelles peurs. Chacun a appris à se connaître. C’est aussi une façon de faire bouger les lignes dans la manière de vivre ses vacances ou ses loisirs »,rebondit Louis Dransart.

Et l’ouverture se décline à tous les niveaux, y compris sur les prix pour proposer une réelle accessibilité. En effet, que ce soit pour les Bobos à la Ferme ou la Ferme des Ailleurs, il est possible d’obtenir différentes aides — via l’ANCV (Agence nationale pour les chèques-vacances), l’Agence régionale de santé, différents partenaires privés, etc. – pour prendre en charge les accompagnements liés au handicap. « 45 % des familles qui viennent chez nous ont un quotient familial inférieur à 900 euros. Cela fait aussi partie de l’esprit des vacances inclusives », conclut Élodie Dransart.

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Auteur

Émilie Gouffier