Conseils d'organisateurs

Colos et séjours collectifs : faire le bon choix

Pour sélectionner votre destination et votre organisme, certains éléments sont à prendre en compte. Trois opérateurs, l’UCPA, Supernova et Top Gan Club, nous dévoilent leurs secrets pour vous accueillir dans les meilleures conditions.

 

Julien Carret était déjà un professionnel du tourisme depuis plusieurs années quand il a fondé Supernova, un opérateur de séjours adaptés en France et à l’étranger. La naissance de son fils, en situation de handicap mental, a été le déclic. Il crée alors sa propre structure « pour répondre aux besoins de vacances des personnes avec handicap mental ou psychique ». Près de dix-sept ans après le lancement, il se permet une prise de recul : « Avec le retour d’expériences de tous les vacanciers qui nous ont fait confiance, je comprends de mieux en mieux ce qui fait un séjour réussi. Et pour moi, l’ingrédient no 1 est l’accompagnement, explique-t-il. Prenons un exemple : une personne en situation de handicap mental se trouve à une terrasse. Seule, elle pourra peut-être se sentir perdue. C’est l’accompagnement humain qui lui permettra de vivre cette situation comme n’importe qui d’autre. »

Accompagner du matin au soir

Pour Laurence Laval, directrice de la solidarité et de la jeunesse à l’UCPA, l’accompagnement est également ce qui fait la différence dans les séjours adaptés, proposés aux personnes de 18 à 35 ans avec un handicap psychique, mental ou un trouble du spectre autistique. « Nous avons lancé ces séjours en 2023, dans la droite ligne de notre mission de rendre accessible la pratique sportive à tous et toutes. Et avec cette idée que le sport n’est pas une fin en soi, que c’est avant tout chez nous un moyen de se reconnecter à la nature, aux autres, de faire des découvertes et de vivre des expériences uniques. Or, nos séjours adaptés sont en tous points semblables à nos autres séjours : hébergements collectifs, activités encadrées par des éducateurs sportifs, etc. La seule différence : la présence d’accompagnateurs qui sont là pour aider dans la vie quotidienne. Du matin au soir, ils sont un repère. En général, nous avons un ratio de trois à quatre accompagnateurs pour dix vacanciers. »

Constituer des groupes cohérents

Mais qui dit accompagnement, dit aussi bonne compréhension des besoins particuliers de chacun. « Certains vacanciers sont en capacité de faire de la randonnée à la montagne, de partir loin, d’autres non. Certains souhaiteront plus d’autonomie, d’autres apprécieront de retrouver des rituels rassurants… explique Julien Carret. Les séjours ne peuvent être homogènes. C’est pourquoi nous veillons à avoir des groupes avec des besoins les plus cohérents possibles en termes d’activités ou de lieux de vie, par exemple. »

« Je pense que, dans les ingrédients clés, il y a effectivement le fait de bien connaître les jeunes qui partent, rebondit Laurence Laval. C’est pourquoi, en amont, nous échangeons beaucoup avec les familles par téléphone et par vidéo. Il est important de bien anticiper ses besoins sensoriels ou en termes de nutrition, ses déclencheurs de stress, ses points d’intérêt, etc. »

Se familiariser avec les encadrants

Dans la même ligne, Jonathan Zeitoun, responsable administratif chez Top Gan Club, qui organise des colonies de vacances et des loisirs depuis trente-cinq ans, insiste également sur la bonne préparation en amont. « Les familles d’un enfant autiste ont souvent peur de casser sa routine. Or, c’est précisément le but des vacances. Il faudra donc nécessairement pour l’enfant un temps d’adaptation, afin de trouver ses marques, de se familiariser avec l’endroit, le bruit, les personnes qui l’entourent. C’est pour cela que nous lui proposons de rencontrer son accompagnateur avant le départ. On lui présente aussi des vidéos des précédentes colos. »

De même, avant un séjour UCPA, le trombinoscope des animateurs est fourni ainsi que le programme complet des activités et des photos du lieu d’hébergement pour aider le futur vacancier à se projeter. Il est en outre recommandé de préparer un carnet de voyage regroupant toutes ces informations et photos, d’organiser un compte à rebours (à J-30 par exemple) pour commencer tout doucement à se mettre en condition. Mais aussi de prendre le temps de bien préparer sa valise pour ne rien oublier : objets de réconfort, casque antibruit, playlist préférée, photos de ses proches, etc.

Et surtout, n’hésitez pas à poser des questions précises aux organisateurs avant de réserver. Par exemple : à quel niveau d’autonomie le séjour est-il adapté ? Quel est le programme précis des activités et des animations ? Quel est le nombre d'encadrants et quelle est leur formation ? Quel est leur niveau de connaissance des spécificités de l’autisme ? Un suivi médical est-il prévu ? Si besoin, des régimes alimentaires spécifiques peuvent-ils être proposés ? Existe-t-il un protocole d'évacuation et de rapatriement ? À quelle fréquence des nouvelles seront-elles données et sous quelle forme ? Etc.

Un dernier conseil ?

Pour les vacanciers : tentez l’expérience ! De nombreuses structures proposent déjà des voyages collectifs. Et pour les acteurs du tourisme organisé ? « Osez concevoir des formules de vacances adaptées. Une offre plus conséquente permettra à davantage d’enfants et de jeunes en situation de handicap de bénéficier de moments de bonheur, de joie, de sociabilité et d’inclusion ! » conclut Jonathan Zeitoun.

______________________________

À lire également dans notre dossier Destination vacances !
Des vacances pour tous, vraiment
Cinq clés pour des vacances réussies
Dispositifs et labels pour bien se préparer
Avion, train, bateau, route : le grand écart de l’accessibilité
« Nous appelons de nos vœux un Grenelle des vacances adaptées »
Les Bobos à la ferme et la Ferme des Ailleurs : deux havres de paix et de répit
Application : Divercity ouvre la ville aux personnes autistes
Formation : créer un projet de tourisme adapté, ça s’apprend
Noyades et autisme : un risque à prévenir, des solutions pour agir
Le répertoire des bonnes vacances
Handiplage : un label pour faciliter l'accès à la baignade

 

Auteur

Émilie Gouffier