Société

Quand « autiste » devient une insulte

Dans les discours politiques, les médias ou les cours d’école, le mot « autiste » est encore trop souvent utilisé comme une insulte. Malgré les dénonciations répétées des associations, cet usage persiste et contribue à entretenir les préjugés sur l’autisme.

 

« Je ne suis pas autiste. » En mars 2017, François Fillon répète trois fois la phrase à la télévision. Le CSA reçoit 55 signalements et la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées parle de « faute lourde ». Deux ans plus tôt, c’était David Pujadas qui se faisait épingler par Olivia Cattan, présidente de SOS Autisme France. Plusieurs années plus tard, même scénario : le 14 octobre 2025, le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, lance sur France 2 : « on n’est pas sourd, on n’est pas autiste » pour justifier la suspension de la réforme des retraites. Face au tollé d’associations et d’élus, il s’excuse le lendemain sur X. Le Collectif Handicaps, qui réunit plus de 50 associations, l’a exhorté à ne plus employer le terme « à tort et à travers ».

En mai 2026, Le Parisien et L’Équipe taclent Raymond Domenech. Pour réaliser le documentaire Le Bus, les Bleus en grève, diffusé depuis mai 2026 sur Netflix, les réalisateurs se sont appuyés sur le journal intime que leur a confié l’ancien sélectionneur de l’équipe de France. Dans celui-ci, Domenech s’en prend à l’un de ses joueurs avec violence : « Gourcuff, mais qu’il est con. Autiste léger d’abord et con ensuite ».

Le 23 août 2026, un ancien adjoint au maire de Vénissieux publie sur les réseaux sociaux un message visant La France insoumise : « ce n’est qu’une bande d’autistes ». Le propos faisait suite à une publication d’une militante autiste insoumise. Le message a été supprimé depuis et l’élu a présenté ses excuses, expliquant avoir un « humour spécial ».

Dès 2006, Autisme France dénonçait l’usage du mot contre des adversaires politiques. Les associations dénoncent régulièrement le caractère stigmatisant de ces propos, qui ne sont pas isolés. Le psychiatre Hugo Baup a lancé en 2024 une pétition demandant aux responsables politiques « d’arrêter d’utiliser les troubles psychiques comme des insultes ». Elle a recueilli 40 000 signatures à ce jour.

Le phénomène dépasse le milieu politique : selon une étude de l’Ifop publiée en 2013, 12 % des Français déclaraient avoir déjà utilisé le mot « autiste » comme une insulte, une proportion qui atteignait 29 % chez les 18-24 ans.

Aujourd’hui encore, le mot « autiste » est utilisé dans les cours d’école, sur les plateaux de télévision ou sur les réseaux sociaux comme une insulte ou une critique validiste pour discréditer une personne ou dénigrer un comportement. Employé pour suggérer qu’un individu ne comprend pas, n’écoute pas ou reste enfermé dans sa bulle, il véhicule une représentation réductrice de l’autisme. Cet usage abusif contribue à entretenir les préjugés et les stéréotypes envers les personnes concernées. Face à la répétition de ces propos, la vigilance des associations, des médias et des pouvoirs publics reste essentielle.

La pétition lancée par Hugo Baup est toujours accessible en ligne.

 

Auteur

Stéphanie Guzman