Autisme et police : quand l'incompréhension vire à la violence
En avril dernier Toufik, autiste et malentendant qui se promenait à vélo à Portes-lès-Valence, dans la Drôme, a été interpellé violemment par la police. Malgré les alertes des témoins sur son handicap, il a été placé en garde à vue pendant 40 heures, puis libéré sans poursuite.
Les comportements associés à l'autisme – absence de contact visuel, difficultés de communication, réponses différées, mouvements répétitifs ou réactions sensorielles intenses – peuvent être mal interprétés lors d'un contrôle de police ou d'une intervention d'urgence.
Les interactions entre les personnes autistes et les forces de l'ordre sont donc un enjeu de sécurité publique et d'inclusion. Des initiatives émergent depuis une quinzaine d'années afin de réduire les incompréhensions et les risques d'escalade.
Tour du monde des initiatives
Dans de nombreux pays, des expérimentions ont lieu et l’une des solutions semble être la création de registres volontaires ou de systèmes d'alerte permettant aux services d'urgence d'accéder à certaines informations avant leur arrivée sur les lieux. Ces dispositifs visent à adapter l'intervention dès les premières minutes et à réduire les risques de malentendus.
Le Royaume-Uni fait figure de pionnier. Des outils tels que les Autism Alert Cards et les Autism Passports permettent aux personnes autistes de signaler leurs besoins spécifiques aux policiers. Ces documents que la personne autiste transporte avec elle, fournissent des informations pratiques concernant les modalités de communication adaptées, les personnes à contacter en cas de besoin ou les aménagements susceptibles de réduire le stress de l'interaction. Encore faut-il avoir le temps pour la personne autiste de sortir sa carte. Consciente que ce dispositif n’est pertinent que si les forces de police sont formées en parallèle, la National Police Autism Association s’est emparée du sujet et diffuse les bonnes pratiques à l'échelle nationale.
En Espagne un protocole d’action allant également dans ce sens a été signé en 2022 entre Autisme Espagne et la police nationale.
Aux États-Unis, les efforts se concentrent principalement sur la formation des premiers intervenants. Le programme First Responder de l'Autism Society vise à développer des formations certifiantes pour les policiers, pompiers et secouristes. Plusieurs États expérimentent également des systèmes d'identification volontaire, tels que les Blue Envelope Programs, permettant aux conducteurs autistes de signaler leur situation lors d'un contrôle routier. Outre-atlantique, le sujet des violences policières envers les personnes avec TSA fait régulièrement la une des journaux. Il a été démontré que les personnes autistes sont plus souvent en contact avec la police que les personnes non autistes et que ces interactions peuvent prendre une tournure dangereuse.
Toujours aux Etats-Unis, une équipe de chercheurs pilotée par Julia Parish-Morris, professeure de psychologie au Children's Hospital of Philadelphia teste l’utilisation de la réalité virtuelle. Elle pourrait aider les adolescents et les adultes autistes à mieux gérer leurs interactions avec les policiers. Une étude publiée en mai 2026 dans le Journal of Autism and Developmental Disorders démontre qu’un petit groupe de participants ayant suivi ce programme en réalité virtuelle manifestait moins de nervosité et d’agitation lors d’interactions réelles avec des policiers.
Au Québec, en janvier 2026, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et l'association À Pas De Géant ont annoncé, le lancement d'un projet pilote visant à mieux outiller les policiers pour intervenir auprès des personnes autistes. Baptisé AutSecours, il permet aux familles qui le souhaitent de partager leur adresse de résidence, les spécificités de la personne qui vit avec le TSA, ainsi que les méthodes d'intervention à privilégier. Une vidéo a également été conçue par l’association Aide Canada, à destination des agents de police.
Dans l'attente d'un dispositif national coordonné en France
En France, les initiatives portées par les associations demeurent insuffisamment entendues. Autisme France à publié un guide sur le sujet. Il s’agit d’un guide destiné aux policiers et gendarmes directement traduit du manuel anglais publié par la National Autistic Society (UK). Basé sur la pratique des forces de police anglaises, la brochure a été adaptée à la législation française.
Autre démarche intéressante, celle de la police municipale d’Arras qui a noué un partenariat avec le SESSAD Pinocchio pour sensibiliser les agents. À notre connaissance, aucun dispositif national coordonné n'existe aujourd'hui pour structurer les relations entre les forces de l'ordre et les personnes autistes.
Tout comme d’autres services publics, celui de la police doit pouvoir s’adapter aux besoins des citoyens neurodivergents. Cela constitue une condition essentielle de l'égalité d'accès aux droits et de la confiance entre les Français et leurs institutions.
Tout le monde connaissait Toufik
Le retour aux polices de proximité ferait-il partie de la solution ? La proposition revient souvent sur le tapis. C’est peut-être en connaissant les habitants de son territoire, qu’on peut éviter des interactions pouvant avoir des conséquences dramatiques. Dans son village de la Drôme, tout le monde connaissait Toufik, autiste et malentendant agé de 34 ans… y compris les policiers municipaux. Mais ce sont les policiers de la ville voisine de Valence qui sont intervenus. Toufik est traumatisé selon le media Basta Mag qui a relaté l’affaire dans le détail. Sa famille a porté plainte et envisageait saisir le défenseur des droits. La saisine de cette autorité administrative indépendante chargée de veiller au respect des libertés et des droits des citoyens permettra-t-elle de commencer à combler le retard français ?
Un autre moyen de progresser serait aussi de co-construire, avec des personnes autistes, un module obligatoire dans les écoles de police et de gendarmerie. On se prend à imaginer des agents avec TSA référents dans chaque commissariat et gendarmerie. Au Royaume-Uni, en Australie et au Canada, pays dans lesquels les politiques de diversité et d'inclusion sont plus développées, l’idée ne semble pas saugrenue... La France en est très loin.
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